Eric Catherine
photographe en Normandie

Les trésors cachés du château de Gisors

A l’instar  de Château–sur-Epte, Caen, Falaise et plus tard Les Andelys, le château de Gisors a été édifié pour protéger le duché de Normandie des attaques du roi de France.
En 1066, à son retour de la fameuse bataille d’Hastings, le petit fils du chef viking Rollon, Guillaume-le-Conquérant est à la fois duc de Normandie et roi d’Angleterre. Cette situation en fait un homme plus riche et plus puissant que son voisin le monarque Français.

Un accident providentiel
En ce XIe siècle, la rivière d’Epte constitue un obstacle difficile à franchir, surtout par des soldats lourdement armés. Protégé par cette frontière naturelle, Gisors est de facto l’emplacement idéal pour édifier une motte castrale et, vraisemblablement le premier château en bois dont il ne subsiste, on s’en doute, aucun vestige. Après la mort du père en 1087, les deux fils ainés de Guillaume se partagent la succession : Guillaume II Le Roux se trouve à la tête du royaume d’Angleterre, tandis que Robert II règne sur le duché de Normandie. Conformément au droit de l’époque, le troisième fils Henri ne peut prétendre à l’héritage qui revient à ses frères. Prévoyant qu’un sort funeste pourrait échoir à l’un d’eux, les deux ainés signent un pacte stipulant qu’en cas de mort de l’un ou l’autre, le dernier vivant  règnerait sur territoire  réuni de Normandie et d’Angleterre.
Accident de chasse ou traquenard, une flèche destinée à un cerf atteint Guillaume II en plein cœur, en 1100. Robert Il doit donc légitimement lui succéder. Malchance, ou opportunité, l’intéressé est parti en Orient, gerroyer contre les infidèles. En 1106, le plus jeune  des trois frères accède au trône et devient Henri 1er Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie.

Le trésor des templiers
La présence des Templiers en Normandie est attestée par  de nombreuses commanderies dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui. Pour autant, l’idée selon laquelle le dernier grand maître de l’ordre, Jacques de Molay aurait été incarcéré à Gisors avant d’être tranféré à Paris, n’a jamais été démontrée. Certains adeptes de cette théorie pensent que les Templiers avertis des manœuvres diligentées par Philippe-le-Bel à leur encontre, les auraient décidé à cacher leur trésor sur les lieux même de leur future détention, ce qui semble pour le moins étonnant.

Le trésor diabolique
Le XIXe siècle si friant de légendes médiévales réécrit l’histoire à sa manière. De génération en génération,  la fantaisie et la véritable histoire se confondent. Vers 1930, les conteurs s’abreuvent à cette source, comptes et poèmes s’épanouissent à nouveau. L’instituteur de l’école de Gisors, Eugène Anne  en tirera  ses ‘’Plus belles légendes de Normandie racontées aux enfants jeunes et vieux’’. Un ouvrage destiné notamment aux élèves de sa classe, dans le but de donner le goût des belles lectures aux enfants sages. A la mode de son temps, il reprend les textes du ‘’ Prisonnier de Gisors ‘’, et  ‘’Le trésor diabolique’’. Le second  évoque un grand-père expliquant à son petit fils François, qu’un souterrain reliant le château de Neaufles à celui de Gisors, distants de 4 km environ. Fermé par de lourdes grilles, l’antre abrite un fabuleux trésor gardé par d’affreux démons armés de tridents, au milieu de flammes et de fumées pestilentielles. La quête de ce trésor serait totalement impossible, si à la veille de Noël, pendant la lecture de la généalogie du Chrits, les grilles ne s’ouvraient, alors que les diables sombrent en un profond sommeil…

Les graffitis de la tour du Prisonnier
Lorsqu’il est question de trésor, les nombreux graffitis et reliefs qui ornent la tour dite du Prisonnier, sont loin de faire pâle figure. A défaut de connaître l’identité des artistes qui ont gravé ces pierres, on peut situer, d’après les indices tels que la forme des armures, qu’elles se situent entre le XVe et le XVIe siècle. Dans ces œuvres, les écritures sont abondamment illustrées : Adam et Eve devant l’arbre de la connaissance, le sommeil des disciples au Mont des Oliviers, le procès du Christ, la crucifixion, puis la descente aux enfers. La visite révèle aussi Saint Georges terrassant un dragon tenu en laisse par une femme, sur une autre pierre, Sainte Catherine à côté de Sainte Barbe, des scènes de chevaleries, des blasons et autres attributs de la noblesse.  Plus étonnants, des indiens des Amériques en train de danser et le nom de Rouen gravé, illustrant sans doute  les exhibitions données au retour des navigateurs partis à l’aventure dans ces contrées.

 

 


 




600 000 € de travaux au château de Gisors ?
Dans son édition du 12 avril 2012, l'hebdomadaire ''l'Impartial'' annonce que des travaux de restaurations pourraient être engagés au cours de l'année, pour un montant global de 600 000 €. Cette enveloppe inclut les travaux classés urgents, comme la muraille endommagée, ou encore la cave qui dut être fermée cet automne pour raisons de sécurité. Viendront plus tard les travaux de restauration de la casemate ou barbacane, puis la réouverture du passage du Monarque. Cette ouverte sur la ville constituait à l'origine l'entrée principale du château. Faute d'un accord officiel, il convient pour l'instant de présenter ces bonnes nouvelles au mode conditionnel.
Si tous ces projets aboutissent, le château paré d'une nouvelle jeunesse pourra accueillir d'avantage de visiteurs et c'est tant mieux. Pour autant, ces enveloppes ne concernent pas la tour du Prisonnier. Ce joyaux exceptionnel va donc poursuivre sa lente dégradation. Seuls les moulages des oeuvres qu'elle contient témoigneront à l'avenir de leur existence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




 


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